Kamerun: la guerre cachée

À l’occasion du cinquantenaire des indépendances de la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne francophone, de nombreux documentaires, ouvrages, vidéos, ont fait état du bilan après 50 ans, mais aussi sont revenus sur l’histoire des guerres d’indépendance. Celles ci ont fait de nombreux morts d’un pays à l’autre et dépendamment de celui-ci les histoires sont plus ou moins connues.

Au Cameroun, c’est l’histoire d’une “guerre cachée” qui est détaillée dans l’ouvrage “Kamerun: une guerre cachée aux origines de la Francafrique”. Les auteurs, Manuel Domergue, Thomas Deltombe, Jacob Tatsitsa n’y sont pas allés d’une main morte pour dépeindre la guerre, qui opposait d’une part l’Union des Populations du Cameroun et de l’autre part l’Union Nationale du Cameroun, parti du 1er ministre Ahmadou Ahidjo, soutenu par la France.

Afin de faire la promotion de leur livre paru aux éditions La Découverte, les auteurs ont fait le tour des médias français. De plus ils ont crée un site web dans lequel ils incitent les camerounais et toutes les personnes intéressées par cette histoire à partager des témoignages, recherches et autres documents pertinents liés à cette guerre. De plus, dans le site, ils ont mis des archives vidéos, audios, et tous documents qui aident à mieux comprendre cette période tumultueuse de l’histoire du Cameroun, probablement la plus importante mais qui est si peu connue des camerounais.

Pour en savoir plus sur le livre, je vous invite à écouter leur passage à l’émission La Marche du Monde sur les ondes de RFI. Les 3 auteurs sont présents, et racontent comment s’est effectuée la recherche d’informations, ainsi que certaines brèves de la guerre en elle-même.

Je vous invite aussi à regarder le passage de Manuel Domergue à TV5 Monde.

Le livre est dans les bacs depuis quelques mois et les critiques ont commencé à fuser. Celle qui a le plus attiré mon attention est celle faite par le Pr. Bouopda Pierre Kame, qui estime que les “nouveaux colons” poursuivent l’oeuvre des “missions civilisatrices” à travers cette fois çi la “mission informatrice”. Le Pr Kame s’est essentiellement concentré sur le chapitre 21 du livre, dont le titre est « La fausse « indépendance » de janvier 1960 ». De Paul Audat à Rousseau, le Pr Kame refute les propos des auteurs, avec un sarcasme sans pareil:

(…)La lecture de ce chapitre est très instructive sur l’esprit et les méthodes des Nouveaux Colons qui, lorsqu’il s’agit de travaux sur des sujets concernant notre continent, s’affranchissent aisément des règles épistémologiques élémentaires.
Les auteurs de ce livre nous apprennent avec gravité, au début de ce chapitre, que le discours prononcé par le Premier ministre Ahmadou Ahidjo le 1er janvier 1960 avait été écrit par Paul Audat, un administrateur colonial français, qui semble-t-il, en a gardé « un souvenir amusé ». Soit !
D’où les auteurs tiennent-t-ils cette information précieuse ? Tenez vous bien. D’un entretien avec Paul Audat en 2007 en France. Deltombe, Domergue, et Tatsitsa ajoutent qu’ainsi, la France, partenaire politique du Premier ministre Ahmadou Ahidjo dans le processus de la levée de la tutelle des Nations Unies sur ce territoire camerounais, ne courrait pas « le risque d’un discours critique, ou d’un coup d’éclat comme celui du Premier ministre du Congo-Léopoldville Patrice Lumumba, défiant quelques mois plus tard le roi des Belges au premier jour de liberté de son peuple. ». Nous connaissons tous le génie de la France. Mais je confesse tout de même, à titre personnel, que je n’imaginais pas que la force de son génie puisse l’amener le 1er janvier 1960 à se couvrir contre un évènement qu’elle devait découvrir, comme le monde entier, le 30 juin 1960, c’est-à-dire 6 mois plus tard. Mais passons ! (…)

Je ne trouve pas ça juste d’appeler ça une “mission informatrice”. Je ne pense pas que ce livre a été écrit dans le but “d’informer les pauvres africains” sur leur propre histoire. Je pense que les auteurs aussi ont envie de connaître l’histoire de leur pays, qui passe indéniablement par la période coloniale et postcoloniale.

On le sait tous, ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire et dans ce contexte, la colonie l’a emporté sur le Cameroun. Alors, au lieu de s’insurger, et de voir la “domination” partout, on devrait plutôt s’allier avec ces journalistes afin d’en savoir plus sur notre histoire, afin de pouvoir nous aussi essayer de la écrire à notre niveau. Il est bien facile de critiquer les intentions qui soustendent ces publications, mais les camerounais, la jeunesse camerounaise a besoin de connaître son histoire, ses héros, qui devraient représenter des modèles à ses yeux. Pourquoi avoir ce sentiment d’infériorité? Pourquoi toujours penser qu’on se fait marcher dessus? Quel est ce complexe d’infériorité là? Nous sommes en 2011, grandissons et aprenons à prendre notre place, aprenons à profiter des situations et à sortir notre épingle du jeu au lieu de geindre en permanence…

Voici l’intégrale de sa critique du livre, en particulier du chapitre 21 de celui-ci.

À vos claviers…

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